19 avril 2026

Communiqué de KOUKOU Editions

Un pas de plus vient d’être franchi dans les atteintes aux libertés académiques, à la recherche scientifique et aux droits des citoyens à la culture.

Samedi 18 avril à 16h 40, la police est intervenue à la librairie des Beaux-Arts située au 28, rue Didouche Mourad à Alger-centre, pour saisir « Les identités rebelles / Repenser sa propre histoire », dernier ouvrage de la sociologue Fatma Oussedik, et fermer l’établissement pour un mois.

L’avant-veille, jeudi 16 avril, « Journée de la science » (!), la librairie a été le théâtre d’un défilé insolite. Policiers en civil, fonctionnaires des impôts, de la Direction du Commerce et du ministère de la Culture se sont relayés pour décliner une même injonction : annuler la présentation-dédicace programmée, ou s’exposer à la fermeture de l’établissement.

Samedi dans la matinée, les mêmes fonctionnaires sont revenus à la charge pour faire pression sur les gérants de la librairie. Pour ne pas compromettre la survie d’un espace résiduel de culture qui a résisté à la vague du fast-food et du prêt-à-porter, nous avons soutenu la décision du libraire de reporter la rencontre avec Mme Fatma Oussedik, en attendant de voir plus clair dans cette mobilisation générale contre la présentation d’un livre.

L’auteure est professeure de sociologie ; elle est connue et respectée non seulement en Algérie, mais également dans les milieux académiques de plusieurs pays où elle est régulièrement invitée pour animer des séminaires et des conférences. Son expertise a toujours été saluée par ses pairs comme un exemple de rigueur scientifique. Son dernier ouvrage « Les identités rebelles / Repenser sa propre histoire » est le fruit de plusieurs années d’études et de recherches de terrain sur l’histoire et la sociologie de la Vallée du M’zab.

Voila pour les faits.

Si nous refusons de nous laisser entrainer dans des spéculations qui risquent d’alimenter les fantasmes des manipulateurs de l’ombre, nous nous interrogeons sur les objectifs des commanditaires d’une opération aussi incompréhensible qu’illégale.

Les lois de la république ont été, une fois encore, violées par ceux qui ont la charge de les faire respecter. La Constitution est pourtant claire : « Article 54 : (…) L’activité des publications (…) ne peut être interdite qu’en vertu d’une décision de justice. »

Au-delà d’une universitaire interdite de parole, d’une librairie fermée pour un mois, et d’une maison d’édition sous pression depuis des années, il reste l’essentiel. Le discours officiel qui a accompagné la visite du pape Léon XIV pour exporter l’image d’un pays tolérant, ouvert sur sa diversité et sa profondeur historique n’a pas résisté aux reflexes ataviques. L’arbitraire, l’outrance et le chantage, reviennent brider nos illusions et nous rappeler à la triste réalité.

Face à ces pratiques délinquantes, la responsabilité des intellectuels algériens est engagée en première ligne.

Alger, le 19 avril 2026.

Arezki AÏT-LARBI

Directeur de KOUKOU Editions.