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Les livres de KOUKOU  disponibles en France 

  A Paris    

Librairie "La Maronite" : 37, rue des Maronites, 75020; Métro : Menilmontant.

   En province     

Contacter le libraire qui se charge des expéditions :

Tel: 01 77 18 82 25

Courriel: librairielamaronite@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MES POCHES VIDES, MON MIROIR BRISE

Ali CHIBANI

 

BONNES FEUILLES

JE HAIS LA POÉSIE

 Je te hais d’avoir embelli nos drames, d’avoir embelli nos issues, de n’avoir jamais été un Signe-Faire, à peine des mots portant des images sans « preuve », des images fausses que tu prétends transfigurer en vérité quand tu joues, Ô Bouche de Sorcière, avec la Vérité pour en faire un mensonge à ta hauteur... Poésie chassée de la République et du Paradis. Qui croit en toi qui n’as jamais pourvu le monde d’arbres, ni de poissons, qui n’as pas créé le ciel, ni la terre ? Misère et pauvreté, corps décharnés et amaigris, larmes et pleurs, douleurs et souffrances, maux et peines, le monde est monde mais toi sombre est ta source, noire ton œil, simulacres tes gestes, hors-la-loi tes séductions blasphématoires, insensible ta fi n. Tu divagues, plaisir condamné – régurgitation de génies-bateleurs haïs du Puissant, tu dis ce que tu ne fais pas, et cette bouche mimétique qui te profère et qui veut se mettre à la place de Dieu. N’est-ce pas que le poète, piètre magicien au dos voûté sous le poids d’un chagrin sans date, charlatan inspiré par des forces malfaisantes et inspirant des désirs maudits, prétentieux et frivole qui ne mérite qu’indifférence, jongleur condamné à l’enfer n’est ni Moïse le Prodigieux, ni le législateur respecté ! Le poète-menteur, illusionniste qui traîne dans le fond fangeux des cœurs pour en remonter des abstractions boueuses comme des cœurs noirs sauvagement arrachés à l’opacité de leur secret. Poète, crains le ministre, le juge et le policier qui ont des lois et des prisons pour agir et punir les auteurs du mal ; lève les yeux vers le ciel et vois Celui qui dit pour faire, Celui dont le Souffle remplit le vide et laisse témoigner de sa puissance, non pas des mots, mais des mondes, des beautés et la Souffrance que, ne sachant quoi faire de ton inspiration, tu as transformée en Temple autour duquel tu tournes ta vie durant, et à l’intérieur duquel tu inventes des chants ignifuges bizarrement rythmés en attendant de comprendre ce qui te manque pour transformer des bâtons en pythons , donner la vie à de l’argile, faire jaillir l’eau de tes mains, rendre la vue aux aveugles, mettre un terme à cette large acidie qui laisse passer tous les démons dans nos cœurs, faire des hommes une douce bruine. Oui, les hommes. Car à cela le Créateur, le Grand Poète des Livres, comme Il se veut, n’a pas pensé : Lui qui n’avait besoin d’être entendu de personne, Lui qui en disant faisait S’est mis dans un bourbier sans fi n, un bourbier où la parole ne vaut que parce qu’elle est entendue, un bourbier où l’on dit dans l’espoir que d’autres feront, un bourbier où il faut cesser de parler en soi mais écrire. Nécessité de l’autre réalisateur dans laquelle toi, piètre poète des erreurs de Celui dont on t’accuse d’être un pâle reflet, tu seras pris jusqu’à la gorge. A cause de cela, le Créateur est fi ni, il est devenu un maître qui dicte sans avoir les moyens de corriger les fautes de ses élèves. Paradoxalement, cela t’a grandi Poète amasseur de bois pour réunir la famille des hommes autour du feu. Puisqu’ils ne savent pas écouter pour créer, qu’ils écoutent pour ne rien faire. Poète fabricant de-mains ; Gorge gorgée de gorges, Langue contre laquelle claquent tant d’autres langues, Bouche porteuse de millions de bouches édentées, bouches ensanglantées par des coups de rangers, des coups de crosse, des coups de poing, des coups de tête. Bouches froides qui se réfugient dans la Bouche du Poète, langue bifide aux ailes fragiles de papillon, exhorté à fermer l’œil pour rendre au village son visage perdu de site solidaire où l’on vit longtemps sans nier son véritable visage de lieu concentrationnaire où l’on est cueilli à la fleur de l’âge pour un rêve de trop ou incommodant pour l’ordre officiel. Te voilà à ton tour pris à ton propre piège. Tu as voulu jouer au balancier allant des kalachnikovs, d’un côté, à la tendresse des herbes naissantes, de l’autre. Or il n’y a aucun passage entre l’objet du réel et l’objet de l’illusion ; tu n’as rencontré que des ruptures, des cassures, nommées mensonges, trahisons..., que tu as appris à noyer dans ton sein. On ne se risque pas dans l’espérance sans rien y laisser de son humanité, ni dans les nids de mots sans se faire piquer par les guêpes. Poète tiré de son lit par des morts qui ne se laissent pas tenir dans une main !

La politique commence là où l’on brûle la poésie. De celle-ci, les mémoires garderont une vérité générale que chacun peut travestir sans jamais l’offenser et un édifice – esprit élastique en forme de squelette humain – sans autre sol que lui-même ; de celle-là, les siècles relateront les morts et les déceptions que la terre n’a jamais suffi à engloutir. Qui se soucie de ce qui nourrit une belle fleur quand il la regarde ? Fleur que tant de fous, d’opportunistes, de capitalistes et de superstitieux voudraient voir disparaître pour effacer toute trace de subjectivité, toute source symbolique redonnant à l’homme l’équilibre dans son existence dans un monde de destructions et de meurtres.

(…) Ceux qui décident sont invisibles. Personne ne peut prétendre les connaître. Il n’est ni temps, ni espace où les inscrire. Ils ont déserté les places publiques, laissant les assemblées politiques, les centres de culture et les lieux de prière à des aveuglés surveillés séduits par les vitres fumées des voitures roulant à grande vitesse. Des voitures qui écrasent tout ce qu’elles rencontrent sans que les conducteurs n’apparaissent jamais. Ceux qui tiennent le bout de la corde se gavent de souffle dans des palais souterrains ou dans des chambres isolées où prêches et discours construisent des murailles pour protéger leurs intérêts. Même les tueurs d’hier en sont à béatifier leurs ennemis déclarés. Il ne faut pas leur désobéir. Ce sont nos nobles dirigeants et d’après le message divin, le chef est comme un père. Il faut toujours lui dire « oui ». Les injustices, les pillages, les arrestations, les enlèvements, les tortures, plus rien ne doit vous amener à maudire le règne du président- khalife. Sa force est celle de Dieu et, pour les esprits renégats, qu’ils déversent leur fi el sur les suppléants, le premier ministre et ses ministres. Ceux-là ne comptent pas. Les présidents sont rassurés, un discours-œillère sécurisant pendant que l’araignée étend son fi let et jette ses tentacules plus profondément.