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            Les livres de KOUKOU Editions                   disponibles en France     

 
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    Décès de Nabile FARES   

 Lire l'hommage de Karima LAZALI et Ali CHIBANI  

 

   Voir l'hommage à l'ACB-Paris (vidéo)   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" Lettre ouverte au système politique et au dernier pouvoir qu'il a engendré " (Extraits) : 

(...)

Le pouvoir n’est pas la solution mais le problème

Pour le gouvernement présidé par Abdelmalek Sellal, « rien ne se décide sans ordre du Président ». L’Algérien n’est pas un citoyen adulte et responsable, mais un sujet. Le peuple algérien a souffert du culte de la personnalité, de l’homme providentiel, pour les rejeter à jamais de ce pays.

Le président de la République ne dépend pas du choix du peuple souverain, mais du choix de l’armée, du DRS en particulier. Les élections ne sont pas un instrument de la démocratie, mais seulement une parodie, une façade. Les résultats du vote sont connus d’avance par le candidat du pouvoir qui exige une victoire électorale très importante dès le premier tour ; que les électeurs votent ou non, le taux de participation aux élections est fixé en haut lieu selon la conjoncture du moment.

Le Président doit dire ce qu’il fait et faire ce qu’il dit. La vacance du pouvoir depuis la maladie, grave et durable, du Président qui l’empêche de conduire la politique du pays, entraîne la carence des institutions politiques. Au rythme où se dégrade la situation du pouvoir, tout peut aller vite dans le changement. Le peuple algérien redoute les convulsions politiques d’un pouvoir en fin de règne.

Comme une rivière débordant de son lit, le Président a inondé le domaine militaire pour déstabiliser d’abord le DRS, puis le mettre hors jeu, et renforcer l’état-major qui est à sa dévotion. L’armée est aux commandes du pays et joue un rôle central dans la politique. Qui commande l’armée bien courtisée, gardienne du système politique et des pouvoirs qu’il a engendrés, centre de décision, haut lieu où s’élabore la politique du pays, détient le vrai pouvoir.

Bouteflika renforce l’état-major qui lui permet de garder le pouvoir, sous peine de scier la branche qui le porte. Les généraux font-ils pression sur leur hiérarchie pour que l’armée serve la Nation, ou lui obéissent-ils ? Qui gouverne l’Algérie ? En 2014, le Conseil des ministres s’est réuni quatre fois. Le Président ne s’est pas adressé au peuple depuis le 08 mai 2012. La paralysie du pouvoir est née de la multiplication des centres de décision. La question revient lancinante : qui gère le pays ? Le Commandement militaire ? L’entourage familial du Président ? Son frère Saïd qui vit à son ombre, tout en étant ses oreilles, sa langue ?

Ce qui frappe, c’est l’imbrication de la politique avec le monde des affaires, qui se sert du pouvoir pour consacrer le culte de l’argent. Pour être feutrées et discrètes, les rivalités de personnes à l’intérieur du patronat ne sont pas moins réelles, pétries d’ambitions. Peut-on croire à la sincérité des nouveaux patrons du FCE (Forum des chefs d’entreprises) qui ont acquis un immense pouvoir par leur proximité avec les dirigeants politiques du moment, et qui décident tardivement de la voie à suivre ? Force est de contempler d’un œil désabusé les gesticulations désordonnées de ses dirigeants, soucieux de vanter les talents et mérites du Président, et d’appliquer sa politique. Si le pouvoir corrompt, que dire alors de l’argent ? Ils s’appuient l’un avec l’autre.

 

Ne pas rester spectateur d’une crise qui perdure

La crise met en jeu deux notions essentielles, la liberté intérieure et l’indépendance extérieure de l’Algérie. La politique intérieure et extérieure est à reconsidérer. La politique étrangère conduit à compromettre le développement économique et social inséparables. Il faut distinguer la nation de l’État, et marquer la prééminence de la nation sur l’État. Le pouvoir a mené d’une poigne de fer le peuple, et n’a toléré aucune opposition. Il a voulu une société dépolitisée et soumise. Quand le mécanisme du totalitarisme se met en branle, rien ne l’arrête ; il bâillonne l’opposition, tente d’incorporer en son sein et même d’absorber la société civile, contrôle les libertés, confisque le politique, l’économique, le social et le culturel, le religieux et l’éducatif. Les Algériens, dans leur grande majorité, savaient qu’il était catastrophique de confier, après trois mandats, un 4e mandat de 5 ans à un président qui ne peut ni parler, ni se lever de sa chaise roulante, ce qui est non pas préjudiciable mais nuisible aux intérêts du pays.

Déjà, lors de l’élection présidentielle d’avril 2004, le chef d’état-major, le général de corps d’armée Mohamed Lamari, avait déclaré à la revue El Djeich : « L’armée interviendra en cas de dérives. Toute personne investie des prérogatives de président de la République qui compte toucher à l’ordre républicain, remettre en cause le pluralisme politique, tenter un réaménagement constitutionnel à la mesure de sa personne, ou mépriser la société et le peuple, trouvera devant elle l’armée. »

Il adresse une mise en garde au président Bouteflika, et devient un acteur incontournable du jeu politique. L’épreuve de force engagée au sommet de l’État n’est pas terminée. Le remaniement dans les organismes dirigeants de l’armée, tels sont les grands thèmes qui continuent de dominer la Présidence. Ce sont les partisans convaincus du DRS qui font les frais de l’opération. Seul le rapport de force compte, et l’opacité, le secret, la langue de bois sont les caractéristiques de ce pouvoir. Tout communiqué du Président a droit à une floraison d’articles laudateurs.

Même si le DRS devait être dissous, ce ne serait pas pour autant la fin de la police politique. Le vrai problème est de savoir quelles seront, demain, les conséquences des décisions prises aujourd’hui par le Président. Le DRS et le Président sont sur le même bateau, et ils couleront l’un après l’autre. Le Président, réduit peu à peu au silence par son absence de la scène politique, laisse entrevoir l’aube de la démocratie. Deux conceptions de la démocratie deviennent possibles : le pouvoir d’un seul ou un pouvoir partagé. Une démocratie de type autoritaire fondée sur la prééminence de l’Exécutif, donc éloignée du peuple et de ses représentants ; ou une démocratie de type classique non présidentielle, assurant un certain équilibre entre l’Exécutif et le Législatif, défendue avec force et conviction.

Implanter la démocratie dans le pays par le recours au peuple, c’est empêcher que les tacticiens l’emportent sur les stratèges, le court terme sur le long terme, pour infléchir la politique de l’équipe au pouvoir qui n’a pas su ni investir, ni gérer.

La réparation du tissu social est conditionnée par le dialogue avec la population qui subit l’exclusion sociale et surtout culturelle. L’économie n’a pas le dynamisme nécessaire pour élever son niveau de productivité. Le bilan, c’est pour que les Algériens sachent la vérité, sur l’héritage qui sera laissé par ceux qui ont exercé le pouvoir pendant seize ans et demi.

L’Algérie est conduite sans ambition particulière dans les domaines agricole, industriel et commercial. Elle n’a pas développé son agriculture et son industrie pour prendre son destin en main. L’industrialisation a inspiré plus de discours qu’elle n’a entraîné d’effets sur le terrain. L’industrie des biens de production, industrie industrialisante, est le seul type d’industrie qui assure le rôle de pôle de développement, et appelle, par ses effets d’entraînement, l’implantation d’autres industries. La relance de la consommation s’est résumée à l’importation de produits agricoles, car elle n’a pas été relayée par une politique active visant à améliorer les performances de l’appareil de production.

L’Agriculture et l’industrie doivent être au cœur de la stratégie économique, qui vise à faire de l’Algérie un pays émergent. Les artisans, garants de la pérennité du tissu social, ont créé des entreprises perpétuant les savoir-faire ancestraux ; ils ont besoin d’une politique de soutien. Les représentants des syndicats doivent participer aux décisions qui influencent l’économie, et déterminent la condition sociale et le niveau de vie des travailleurs. Les syndicats doivent préserver leur caractère contestataire et protestataire, sans lesquels ils perdent leur raison d’être. La grève est le moyen d’appuyer les revendications, lorsque tous les autres moyens ont été épuisés. L’hyper inflation qui sera bientôt à deux chiffres permet d’accumuler des masses importantes de billets de banque, qui entraîneront l’effondrement du système monétaire qui précède toujours de peu l’effondrement du système politique. L’inflation c’est reprendre de la main droite, l’augmentation de salaire donnée de la main gauche.

 

Notre destin : vivre ensemble dans un État de droit

Le peuple renforce son unité en s’enrichissant du pluralisme culturel et linguistique, car la culture, c’est l’esprit fécondé par la liberté. Jamais l’échec du pouvoir n’a été aussi évident, jamais l’attente d’un changement de système politique – et non de changement dans le système – n’a été aussi profonde. Il n’existe que deux voies conduisant au changement : celle de la violence qu’il faut écarter, et celle de la démocratie choisie par l’opposition. La démocratie c’est le droit ; quand il cesse, elle disparaît. La dictature c’est prendre le pouvoir par des élections massivement truquées, et le garder par le refus de l’alternance qui est la santé, la respiration de la démocratie. Quand on fait fausse route qui mène à l’impasse, il est dangereux de suivre la même direction.

C’est humain de se tromper, c’est diabolique de persévérer. Il faut suivre le combat qui a lieu au sein de l’appareil du système politique ; mais il ne faut rien espérer d’aucune des coteries qui se disputent le pouvoir. Aucune négociation n’est possible avec les représentants du pouvoir, qui applique une concentration excessive de l’autorité. La politique ne vit que par ses actes, que si elle apporte des réponses aux problèmes, et définit les valeurs auxquelles doit se référer un État. La politique, c’est assumer ses convictions et ses idées. L’opposition nationale dénonce l’illégitimité du pouvoir. Il existe en son sein un accord profond sur quelques priorités essentielles autour desquelles le peuple peut se rassembler. La défense du caractère démocratique et pluriel de la société passe en premier. L’opposition, qui est à l’écoute de son temps et du mouvement de la vie, a une conscience croissante de sa responsabilité qui la pousse à consacrer sa volonté et son énergie à l’intérêt national.

Des manifestations de la vie politique et intellectuelle qui se sont déroulées, elle semble la plus avancée, car elle fait preuve d’une certaine maturité. Elle fonde ses choix politiques sur l’analyse objective de notre société, de son évolution et de ses contraintes, car c’est elle qui ressent le plus le manque de perspectives politiques, économiques, sociales et culturelles. L’opposition se bat avec une énergie communicative pour concilier et conjuguer la vision, la stratégie et la lucidité, la résolution et le courage, afin de faire cohabiter des opinions diverses, en particulier celles de la démocratie et de l’islamisme. Elle a démontré sa capacité politique et sa volonté de faire de la transition démocratique son cheval de bataille. Sa volonté est de changer le système politique, et le dernier pouvoir qu’il a engendré. Aujourd’hui, le véritable enjeu est de faire des Algériens qui ne sont pas des sujets, de véritables citoyens.
L’enjeu est l’existence de l’Algérie comme espace de liberté

Cette lettre ouverte est en elle-même un espace de liberté. Il faut accorder ses actes à ses profondes certitudes. L’incertitude politique rend vulnérable le pays. La liberté d’agir entraîne pour conséquence la pleine responsabilité de ses actes. La liberté d’association et de réunion, la liberté de conscience, la liberté d’accueil et d’asile accordée aux étrangers, menacés de persécution dans leur pays d’origine pour leurs idées politiques, syndicales, leurs croyances, leur ethnie, prennent de l’ampleur, de l’importance, dans la société. La liberté est la clé de voûte de la société. Tout porte à s’unir, à rassembler les forces vives de la nation pour la liberté et la justice, qui sont les deux fondements de la démocratie. La liberté essentielle est la libre communication des pensées et des opinions. Le crépuscule qui s’étend sur le pouvoir entrevoit l’aube de la liberté. La liberté du juge est fondamentale, parce qu’elle contribue à protéger les autres libertés. Victor Hugo a écrit : « Libérez la liberté, la liberté fera le reste. » C’est à regarder les choses en face, qu’on mérite la liberté. Liberté ! Ce sera mon dernier mot…