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            Les livres de KOUKOU Editions                   disponibles en France     

 
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    Décès de Nabile FARES   

 Lire l'hommage de Karima LAZALI et Ali CHIBANI  

 

   Voir l'hommage à l'ACB-Paris (vidéo)   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION A L'ARRÊT DE RENVOI

 

par les détenus

 

En 1980, un certain nombre de questions vitales, jusque-là étouffées par les méthodes que l'on sait, ont heurté de plein fouet l'usure politique et idéologique du parti au pouvoir depuis 1962. Il s'agissait essentiellement pour la population de rappeler son exis­tence à travers la revendication des libertés fondamentales dont la reconnaissance des langues maternelles et les droits qui en découlent. Ces revendications ainsi que la lutte contre les répressions subies avaient cristallisé le mouvement populaire. L'aspiration au respect du minimum juridique ira grandissante et on assistera, en Kabylie notamment, à nombre d'initiatives organisées hors et souvent contre la volonté officielle. Ainsi on verra la naissance d'une union professionnelle de praticiens, indépendante de l'organisation médicale régie par le parti, de syndicats de travailleurs libérés de la même tutelle, de cours de berbère pris en charge par des militants du mouvement culturel, de comités d'étudiants démocratiquement élus, etc.

Ce goût de la réappropriation des valeurs culturelles et de la disponibilité des énergies se développera dans divers points du territoire national et gagnera d'autres thèmes. C'est ainsi que les deux dernières initiatives qui verront le jour seront les associations des enfants de Martyrs et la Ligue Algérienne des Droits de l'Homme. L'une visant à restituer l'histoire immédiate du pays dans la perspective d'un combat collectif et de soustraire ainsi le sacrifice commun aux manipulations des intérêts claniques, l'autre à garantir les droits juridiques des personnes    morales et physiques. Toutes deux déposèrent leurs statuts aux fins de leurs agréments, estimant le moment venu d'affirmer la primauté du Droit, spéculant ainsi sur l'hypothétique évolution du système devant les nécessités sociales, politiques et culturelles. Une manière comme une autre d'interpeller un pouvoir muré dans ses dogmes, sur l'impérative nécessité d'évoluer avec les exigences du moment. Une manière aussi de tester concrètement la vanité d'une nouvelle image de marque affirmée dans une « sagesse » toute abstraite et une prétendue volonté de renouveau. Bref, une manière de prendre à témoin les Algériens et leurs amis, quant à la possibilité qu’offrirait le pouvoir de rechercher un consensus où les citoyennes et les citoyens du pays pourraient, dans le cadre de ses lois, trouver une marge où seraient tolérées leur existence et leurs opinions. C'était méconnaître les réflexes d'autoritarisme, d'arbitraire et de mépris – de soi-même et des autres –, générés par deux décennies de pratiques du parti unique.

C'est ainsi qu'à partir du 5 juillet, les services de sécurité, seuls baromètres politiques du pays, ayant suivi pas à pas – d'autant plus facilement qu'elles étaient publiques – toutes les démarches entreprises par les initiateurs des deux regroupements sus cités, estimeront qu'il fallait impérativement y mettre un terme. C'était, selon leur propre thèse, une faute qui menaçait à courte échéance d'être un gouffre à même de déstabiliser le système. En d'autres termes, aucune évolution sociopolitique ou idéologique n'est possible... pour le moment. Il fallait donc intervenir. Et vite.

Les faits étant connus, il sera sans doute utile de rappeler simplement qu'aucune base juridique n'est venue asseoir cette répression. La nécessité politique relègue comme toujours, en dernière appréciation, le souci du droit.

La force de l'habitude devient logique, et la logique se pliera encore une fois à la raison d'Etat, puisque le ministère de la Justice alerté ne reniera pas sa disponibilité à donner une forme juridique à la volonté politico-policière. C'était dans la tradition, et il n'y avait aucune raison pour qu'il n'en soit pas ainsi, une fois de plus. A ceci près que des imprévus sont venus pour imposer des « ratés » qui ont fini par constituer l'essentiel de l'affaire en cours.

  1. La nature même des sujets « traités » a rendu difficiles les manipulations de l'information, cet autre accessoire fondamental de la répression politique dans un système totalitaire.
  2. Les limites personnelles d'un ministre de la Justice qui en a rajouté jusqu'à se livrer au mensonge public, n'ont pas aidé à une évolution dans le sens souhaité par le pouvoir.
  3. Enfin, les détenus, partis avec l'idée première de faire aboutir par des moyens pacifiques des luttes qu'ils considèrent comme essentielles pour l'avenir des libertés individuelles et collectives, ne jouèrent pas le jeu. Et les traditionnelles tractations, pressions en coulisses, par lesquelles le pouvoir a toujours solutionné, à son avantage, les problèmes politiques qui se sont imposés à lui, ne sont pas, dans le cas présent, opérationnelles.

- On leur parle de l'« intérêt du régime », ils répondent «devenir social».

- On leur dit « respect des dirigeants », ils répondent « droits de l'homme».

- On leur dit « continuité révolutionnaire », ils rétorquent « mémoire collective et vérité historique ».

On veut marchander leur libération, ils répondent « liberté ! ». A la répression, ils opposent la résistance.

 

La machine est bloquée et l'on est arrivé à l'ahurissant document qui suit où l'omnipotence des services de sécurité a amené la justice à s'affirmer comme l'artisan ténébreux de la répression politique. Le dossier est vide. 85 erreurs et contradictions y sont relevées, mais la Cour de Sûreté de l'Etat siégera. Cela a toujours existé. La nouveauté est que cela va se savoir. N'est-ce pas l'essentiel ?

 

 

AVERTISSEMENT

Le document qui suit émane de la Chambre de Contrôle de la Cour de Sûreté de l'Etat. Cet organe est supposé prendre note de l'ensemble du dossier et vérifier les thèses avancées par l'accusation ainsi que les pièces à conviction qui en constituent le fondement. C'est donc, en principe, comme son nom l'indique, à des fins de contrôle qu'elle traite, dans le moindre détail et pour chaque inculpé de l'ensemble de l'affaire, avant de décider si oui ou non il faut donner suite à l'accusation.

Devant les aberrations et les incohérences d'un texte qui conclut à l'article 77 (peine capitale), l’observateur non averti et peu lettré en arabe est en droit de conclure à une traduction tendancieuse.

Nous tenons à informer le lecteur que la traduction est scrupuleu­sement fidèle au texte original, y compris dans ses erreurs syntaxiques.

Il faut tout simplement ajouter que la Chambre de Contrôle qui a siégé à deux reprises (le 21 août et le 28 octobre 1985) répondant au souci initial du pouvoir de liquider le procès fin octobre [1],a étudié l'ensemble des dossiers (23) en un jour et demi! On sera moins étonné alors d'y trouver des rapports de police non signés par les prévenus, aux lieux et places de leurs déclarations à l'instruction, des erreurs d'identité, des contradictions d'une page à l'autre et ainsi qu'une absence de preuves matérielles.

Ceci n'empêchera pas la Chambre de Contrôle de conclure : «Compte tenu de ce qui précède, il a été suffisamment prouvé que les inculpés ont commis les infractions qui leur sont reprochées » !

LES DÉTENUS



[1] Ce fut la promesse faite par le ministre de la Justice Boualem Baki, devant M. Senghor, délégué de la F.I.D.H., le 17 août 1985.